Avatarium : piqûre de rappel

C’est drôle comme un parallélisme semble perdurer entre Candlemass et Avatarium : comme en 2019, les deux groupes sortent cette année en même temps leur nouvel album. D’ailleurs, Jennie-Ann Smith est venu pousser la chansonnette sur un morceau du premier et Leif Edling, s’il a drastiquement réduit sa contribution, a quand même offert un de ces riffs dont il a le secret au second. Sans parler du guitariste Marcus Jidell qui produit aujourd’hui les deux groupes. Pourtant, force est de constater qu’Avatarium poursuit son chemin musical de son côté, confiant dans le fait qu’il n’a plus besoin qu’on le tienne par la main : The Fire I Long For était la preuve qu’ils étaient plus que capables et Death, Where Is Your Sting entérine ce constat, composé quasi intégralement par le duo Jennie-Ann Smith/Marcus Jidell, la chanteuse ayant en sus, pour la première fois, pris en charge l’intégralité des textes.

Le résultat est un pur album d’Avatarium, c’est-à-dire avec ce savant mélange de lourdeur doom et de poésie folk, d’agressivité et de douceur mélancolique voire de tristesse. Le terreau idéal pour exprimer la vie… et surtout la mort qui fascine Jennie-Ann. Une frontwoman décidément pas comme les autres, en tout cas dans le metal – et pour cause, ce n’est pas son milieu musical initial –, psychothérapeute en parallèle de la musique, qui nous parle de tout cela dans l’entretien qui suit.

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« J’ai beaucoup appris de Leif, notamment à quel point il est méticuleux avec ses chansons et prend son temps, et plus important encore, de sa grande intégrité musicale. Il se focalise sur sa vision et ne laisse pas tomber tant que ce n’est pas abouti. Je pense que c’est très important de faire barrage à toutes les oppressions de la vie et de se concentrer sur sa propre volonté. »

Radio Metal : Death, Where Is Your Sting a été écrit sur une période de deux ans, durant la pandémie qui a chamboulé le processus de pas mal de groupes. Apparemment, Avatarium a été obligé de s’adapter au quotidien de ses membres et des gens autour qui attrapaient le Covid-19, retardant et replanifiant les sessions de composition et d’enregistrement au besoin. Peux-tu nous en parler ?

Jennie-Ann Smith (chant) : Nous nous sommes adaptés au mieux, comme tout le monde j’imagine. C’était extrêmement éprouvant. En Suède, nous n’avons pas connu de confinement comme en Europe centrale, donc dans une certaine mesure, nous étions assez libres de vivre nos vies, mais si quelqu’un avait le malheur d’être infecté le jour où un enregistrement était prévu, il fallait que nous le reportions à plus tard. Le processus a donc pris du temps. Concernant la composition musicale, sur cet album, c’est Marcus Jidell et moi qui avons écrit la majorité des morceaux et ça n’a pas tant affecté notre processus d’écriture que ça. Nous avons travaillé sur beaucoup de musique durant ces deux ans. Ces huit chansons qu’on retrouve sur l’album sont les meilleures, celles que nous avons choisies et qui convenaient le mieux à l’album. Ceci étant dit, nous ne savons pas à quoi aurait ressemblé l’album sans la pandémie. Je dirais que tous les albums que nous avons faits sont le résultat de l’époque dans laquelle on vit. Tout ce qui se passe autour de toi en tant que compositeur ou qu’artiste affecte ce que tu produits.

Marcus a dit que c’était « important pour [vous] d’essayer d’emmener l’auditeur dans un voyage ». Quand vous composez les chansons, avez-vous le tableau d’ensemble en tête ?

Non, je ne dirais pas que nous avons une image claire de l’ensemble de l’album, mais nous avons une vision de la façon dont nous voulons qu’Avatarium sonne, et ça sert de boussole et de guide. Nous avons notre propre son qui est spécifique et nous guide durant le processus d’écriture. Mais concernant Death, Where Is Your Sting, nous avons écrit beaucoup de musique qui ne s’est pas retrouvée sur l’album, pour plusieurs raisons : ça ne collait pas à notre son ou ça n’emmenait pas Avatarium dans la bonne direction. Je n’ai aucune expérience à composer un album thématique. J’ai besoin d’être ouverte à tout et libre pour être créative et simplement faire quelque chose. J’ai besoin d’une liberté créative totale.

On peut entendre du violoncelle dans « A Love Like Ours » et « Transcendent », qui sont le début et la fin de l’album, ainsi que du violon dans « Stockholm ». Ces instruments se sont-ils imposés d’eux-mêmes compte tenu de la tristesse qu’ils véhiculent ?

« A Love Like Ours », qui est le premier morceau de l’album, nous l’avons écrit très tôt durant le processus. Nous avions fait le couplet et nous avions un peu de mal avec le refrain, mais nous avons fini par faire en sorte que les deux se marient bien. Le couplet sonne un peu comme une berceuse ou une comptine. Il possède un rythme apaisant et nous voulions l’essayer avec un arrangement de cordes. Nous avions quelques idées. Marcus avait travaillé avec un célèbre violoncelliste suédois, Svante Henryson, donc nous lui avons envoyé la chanson en lui demandant s’il voulait composer avec nous, ce qu’il a fait. Assez rapidement, il nous a envoyé cet extraordinaire arrangement. Il nous a envoyé la partition et la démo ; la démo était comme ce qu’on entend sur l’album. Cet arrangement de violoncelle est vraiment charmant. Nous lui avons aussi demandé s’il voulait jouer un solo, donc il l’a fait. C’est un virtuose, donc le résultat est assez extraordinaire. Evidemment, ça apporte un côté dramatique ; en tout cas, ça met l’accent sur la fibre dramatique d’Avatarium. Nous nous focalisons sur ce qui valorise les caractéristiques d’Avatarium ; nos albums sont assez sombres, lourds et poétiques, et c’est d’autant plus le cas avec des cordes. Donc, je suis très contente de « A Love Like Ours », c’est l’une de mes chansons préférées sur l’album, mais il y a aussi des cordes sur « Stockholm » qui ont été réalisées par une violoniste suédois dénommée Hanna Helgegren. Marcus joue aussi du violoncelle sur « Transcendent », car il en a joué étant enfant avant de se mettre à la guitare. Ça va joliment à Avatarium, je trouve.

La chanson « Nocturne » a un côté très heavy metal traditionnel. Vu comme ta voix peut être délicate, comment abordes-tu personnellement ce type de chanson très puissante et énergique, assez différente du reste de l’album ? Je veux dire que c’est probablement celle qui s’éloigne le plus de ton background initial…

Je pense être assez privilégiée pour ça, car ma voix me permet d’évoluer dans des registres très fragiles et doux mais aussi très puissants, car j’ai aussi la capacité de maîtriser ces longues notes aiguës et fortes. C’est pourquoi vous trouverez toute cette plage de dynamique dans notre discographie. J’ai appris à adorer le doom grâce à ça. J’ai réalisé que, quand on possède une voix à large tessiture, avec du vibrato, etc., c’était merveilleux d’être dans un contexte où on peut utiliser toute cette amplitude vocale, et c’est ce que me permet Avatarium. J’ai l’opportunité d’évoluer entre toutes ces émotions et dynamiques. Je fais ça depuis le premier album sorti il y a dix ans. Avec un peu de chance, j’ai grandi et j’ai développé mes compétences, donc j’espère que ce que vous entendez aujourd’hui dans cet album est une forme de progression.

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« Je m’approprie la musique et le texte, je les interprète et je deviens ou vis cette partie pendant le temps de la chanson, en étant très présente dans l’instant. C’est aussi probablement la raison pour laquelle j’aime toujours la musique, car on est obligé d’être immergé dans un moment musical et ça me permet d’oublier le reste de la vie. »

Mais honnêtement, j’aborde toutes les chansons différemment. Je suis très attentive à l’émotion de chaque chanson que je chante. Suivant le message, les paroles, ce qui se passe émotionnellement dans le morceau, je vais construire mes phrases différemment et utiliser différentes sonorités. Evidemment, il y a certaines techniques de chant, mais ça se fait automatiquement. Je ne passe probablement pas autant de temps que je le devrais à penser à l’aspect technique, car je suis très concentrée sur la partie émotionnelle de la musique, ce que ça me fait ressentir et la façon dont je veux que ça sonne. Heureusement, j’ai fait mes exercices par le passé et ça m’aide un peu aujourd’hui. Je devrais sans doute quand même m’entraîner plus que je ne le fais. Mais je fais attention à chaque chanson, à son côté émotionnel et au type de voix ou de sonorité que je veux utiliser dessus, et je suis sûre que « Nocturne » réclamait de ma part que je lui fasse honneur – chaque chanson de l’album réclame ça.

Je ne me souviens pas des détails, mais dans le cas de ce morceau, Marcus et moi avions écrit un autre refrain au début. Marcus a insisté, il avait cette idée de rendre hommage au Ozzy Osbourne des débuts ou au Black Sabbath de l’époque Ozzy. J’étais un peu là : « Ah, je ne sais pas… » Je suis très contente qu’il ait insisté, car le résultat est très bon, je trouve, et ce sera génial à faire en live. J’ai hâte, car j’imagine très bien le public, quand le gros refrain arrive, c’est genre « boum ! » Ce sera super !

Death, Where Is Your Sting est le premier album sur lequel tu as écrit tous les textes, réduisant un peu plus encore l’implication de Leif Edling dans le groupe. Est-ce que ça a été une demande de ta part, vu que tu es celle qui doit les chanter au final ?

C’est une évolution naturelle, je dirais. Je sais que je suis capable de chanter, mais je voulais explorer l’écriture de textes et me développer là-dedans. Ça a donc été une étape importante. Je veux dire que chacun est différent, mais je ne trouverais pas ça intéressant d’enregistrer et produire sans arrêt le même album. Il faut qu’il y ait une progression, un développement et du changement. Je dois progresser, me développer et changer, si possible. Nous avons aussi co-composé trois chansons dans l’album, dont une avec Leif Edling, qui est « Stockholm ». Nous avions écrit l’embryon du morceau et nous lui avons demandé s’il voulait l’écouter et le finir avec nous. Il a donc écrit ce riff super heavy au début et à la fin, et ça convient parfaitement. Je suis tellement contente qu’il ait accepté de faire ça. C’est un génie de la composition. J’ai eu le privilège de travailler sur sa musique et d’interpréter celle-ci sur les précédents albums. Sur The Fire I Long For, il avait composé trois morceaux et nous cinq. Ça a été très important pour nous d’apprendre de lui, à quel point il est méticuleux avec ses chansons, à quel point il prend son temps, et plus important encore, de sa grande intégrité musicale. Il se focalise sur sa vision et ne laisse pas tomber tant que ce n’est pas abouti. Je pense que c’est très important de faire barrage à toutes les oppressions de la vie et de se concentrer sur sa propre volonté. J’ai beaucoup appris de Leif.

Chantes-tu différemment quand ce sont tes propres textes, les abordes-tu différemment sur le plan émotionnel ?

Je mets le même effort dans tout ce que je fais. Je travaille avec la même intensité et avec le même soin, peu importe ce que c’est. De même, sur le plan émotionnel, ce que je fais, c’est que je visualise. Que ce soit ma propre musique ou celle de quelqu’un d’autre, le même processus intérieur a lieu. C’est probablement comme un acteur de théâtre, je m’approprie la musique et le texte, je les interprète et je deviens ou vis cette partie pendant le temps de la chanson, en étant très présente dans l’instant. C’est aussi probablement la raison pour laquelle j’aime toujours la musique, car ça me permet d’oublier le reste de la vie. On ne peut pas se soucier des factures, du téléphone qui sonne ou de l’endroit où on doit se rendre le lendemain, on est obligé d’être immergé dans un moment musical. Donc le fait d’être en studio ou de jouer en live requiert notre entière présence. Je suis tout aussi ambitieuse avec ma propre musique qu’avec celle de quelqu’un d’autre, mais bien sûr, le fait d’écrire sa propre musique, en soi, c’est un autre processus, c’est différent.

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« Je suis curieuse à propos de la mort depuis que je suis enfant. Ça n’a rien à voir avec de la dépression ou un désir romantique de mort. Il n’y a strictement rien de suicidaire là-derrière. C’est probablement parce que, quand j’étais enfant, je comprenais que ce sujet était sensible et que les gens n’en parlaient pas, je me demandais pourquoi. »

Apparemment, les paroles ont toujours inspiré les arrangements des chansons dans Avatarium. Comment ça fonctionne ? Comment tes propres textes ont influencé les arrangements de ces chansons ?

Ce n’est pas juste les paroles, c’est une combinaison des paroles, de la mélodie et des séquences harmoniques, tout ça ensemble affecte l’arrangement, car encore une fois, c’est une question d’émotion. La somme des paroles, des mélodies et des harmonies donne une idée de la direction que doivent prendre les arrangements et c’est le côté émotionnel du morceau qui nous guide pour les définir. Il peut arriver que nous donnions à une chanson un costume qui ne lui va pas. Dans ce cas-là, il faut la décomposer et recommencer l’arrangement du début. J’aime beaucoup cette partie du processus, c’est très créatif. Evidemment, il faut aussi être ouvert d’esprit. Sur cet album, nous avions une manière de composer ensemble qui était bien plus établie. Nous étions plus stressés et incertains sur The Fire I Long For, car nous n’avions pas énormément d’expérience à écrire ensemble. Sur cet album, je pense que nous avions bien plus confiance en nous-mêmes, car nous savions que nous étions capables de faire de la bonne musique ensemble. De même, quand on arrange la musique, il ne faut pas être prompt à critiquer. Quand on compose avec quelqu’un, il faut laisser l’autre avoir ses idées et les essayer, et il faut soi-même pouvoir avoir cet espace. Il faut donc que ce soit chaleureux et se soutenir. Après, sur la manière dont un morceau naît, parfois c’est la musique qui vient en premier, parfois ce sont les paroles, ou ça peut commencer par un riff ou un petit passage qui devient l’embryon de ce que deviendra la chanson plus tard. Il n’y a pas de formule, et ça me plaît. Nous écrivons la musique de différentes façons et jusqu’à présent, ça a été libre et ouvert.

D’un autre côté, le dernier morceau est instrumental, donc pas de paroles. Pourquoi ce choix ? Qu’est-ce que « Transcendent » exprime pour vous à la fin de l’album ?

Comme nous écrivons de la musique pour un album, c’est important que chaque morceau se tienne pris indépendamment, mais aussi que l’ensemble forme un tout intéressant. Nous nous disions que ce serait sympa d’avoir quelque chose de plus expérimental à la fin. De même, quand on écoute un vinyle, ça peut être très immersif, donc le dernier morceau peut servir de porte de sortie. Marcus a écrit ce morceau et il voulait du chant dessus, mais j’étais réticente. J’ai dit : « Non, je pense que ce devrait être instrumental pour laisser l’auditeur respirer, sans texte ou quoi, juste pour qu’il profite de la musique. » C’est la seule raison, nous voulions juste donner de l’espace à l’auditeur.

L’album s’intitule Death, Where Is Your Sting. A ce propos, tu as dit que c’était naturel pour toi de penser à la mort. Quelle est donc ta relation à celle-ci ?

Je suis curieuse à propos de la mort depuis que je suis enfant. Ça n’a rien à voir avec de la dépression ou un désir romantique de mort. Il n’y a strictement rien de suicidaire là-derrière. C’est probablement parce que, quand j’étais enfant, je comprenais que ce sujet était sensible et que les gens n’en parlaient pas, je me demandais pourquoi, ça m’intéressait de comprendre, et parce que, de façon générale, j’étais une enfant très curieuse. La mort continue à éveiller ma curiosité. Qu’est-ce que la mort ? Aujourd’hui, je me demande souvent pourquoi je pense à ce sujet de façon aussi légère : est-ce que mes défenses m’aident à bloquer ma propre anxiété ou ma peur ? Ou est-ce simplement parce que je suis très décontractée face à la mort ? Ou est-ce ma manière de traiter ma propre peur ? La question reste ouverte. C’est ma manière d’affronter la mort. Evidemment, j’ai aussi des expériences personnelles, tout comme Marcus. Marcus a perdu ses parents en l’espace de seulement deux ou trois ans et mon père est décédé il y a un an. Nous avons nos propres expériences, comme la plupart des gens. De même, je travaille en tant que psychothérapeute deux jours par semaine, et je rencontre principalement des gens qui font face à une maladie grave ou qui ont survécu à une maladie grave mais qui ont maintenant du mal à faire confiance à la vie. J’essaye d’aider les gens à affronter ces défis. Ces questions existentielles font partie de mon quotidien. J’aime et je préfère être dans un contexte sérieux, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a aucune forme de joie ou d’humour, car il y en a ; même en la présence des questions et des sujets les plus sérieux et difficiles, il y a aussi de l’humour et de l’espoir, aussi étrange que ça puisse paraître.

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« Le contact avec d’autres êtres humains se base sur l’écoute de ce qui se dit et de ce qui ne se dit pas ou de ce qui est communiqué sans mots. J’ai probablement l’avantage de remarquer les nuances grâce à mon oreille entraînée. Donc, en ce sens, la musique m’a été d’une grande aide en tant que psychothérapeute. »

Vois-tu un lien entre ton activité de psychothérapeute et celle de musicienne ? Est-ce que l’une nourrit l’autre ?

Oui, je pense, car le facteur commun, c’est l’écoute. Ça m’a été extrêmement utile d’avoir une oreille entraînée. Le contact avec d’autres êtres humains se base sur l’écoute de ce qui se dit et de ce qui ne se dit pas ou de ce qui est communiqué sans mots. J’ai probablement l’avantage de remarquer les nuances grâce à mon oreille entraînée. Donc, en ce sens, la musique m’a été d’une grande aide en tant que psychothérapeute. En tout cas, c’est ce que je ressens. Cependant, je ne suis pas qualifiée en musicothérapie, mais j’aimerais beaucoup développer cette facette, car je pense que c’est extrêmement puissant. Il y a plein de formes de thérapies musicales, telles que la méthode corporelle et les histoires musicales guidées – je ne sais pas si ce sont de bonnes traductions. C’est une façon d’entrer en contact avec des parties de la psyché pour lesquelles on peut avoir du mal à trouver un langage qui aide, des mots pour verbaliser ce qui se passe et les problèmes auxquels les gens sont confrontés. La possibilité d’utiliser la musique ou l’art est donc, bien sûr, une alternative puissante qui peut offrir un outil pour aller en dessous du côté verbal d’une situation problématique. Je crois qu’il y a des recherches approfondies sur le sujet qui prouvent la grande utilité de la musique, surtout quand ça concerne des dégâts neurologiques sur le cerveau ou des gens souffrant d’Alzheimer.

Tu as dit que ce titre, c’était comme dire : « J’ai survécu à la mort cette fois, mais je sais que je suis sur son programme. » Penses-tu qu’avoir conscience de ça est important pour vivre sa vie à fond ?

Je ne peux pas me faire la porte-parole de tout le monde, mais pour moi, c’est le cas. Comme je suis suédoise, il y a certainement un côté à la Ingmar Bergman. J’ai réalisé qu’il y avait cette référence au Septième Sceau et à cette scène emblématique où le personnage masculin, interprété par Max von Sydow, rencontre la mort et n’est pas prêt. Bref, je trouve que c’est un sujet intéressant, la façon dont on gère l’idée qu’on est en train de mourir, car c’est ce qui va nous arriver un jour. Mais la mort est devenue très institutionalisée. On donne naissance à des enfants à l’hôpital et on meurt à l’hôpital. Ces parties les plus naturelles de notre existence qui avaient pour habitude de se passer chez soi sont désormais institutionalisées. Ça fait un bout de temps maintenant que c’est comme ça, donc oui, c’est important d’y penser et d’en parler. Je pense qu’avec la pandémie, c’est devenu une réalité pour chacun d’entre nous, il a fallu qu’on soit attentif à la menace d’une mort proche. Il a fallu qu’on y pense d’une nouvelle manière. Quelqu’un qui n’est pas familier avec le doom doit probablement voir ça comme un genre musical qui n’est fait que de pessimisme, de morosité et de sujets très sérieux, mais je dirais qu’au contraire, l’énergie du doom est loin d’être déprimante. Pour moi, c’est puissant, ça nous donne de la force. Les riffs lents et énormes qui font le doom sont tout l’opposé de la dépression. On y retrouve une énergie évolutive qui nous sort de n’importe quel état de déprime. En tout cas, c’est l’effet que ça me fait. C’est énergisant. Ça peut paraître étrange pour quelqu’un qui ne s’intéresse pas à ce genre musical, mais si vous écoutez bien, vous vous en rendrez compte.

Death, Where Is Your Sting est une référence à la première épître aux Corinthiens dans la Bible. On retrouve d’ailleurs quelques références au vocabulaire religieux, que ce soit avec « God Is Silent » ou « Psalm For The Living ». Es-tu croyante ?

J’ai envie de l’être. C’est une grande question. Je ne vais pas à l’église en ce moment, mais j’aimerais. Je n’ai pas été élevée dans un foyer religieux. Je ne viens pas de cette tradition, mais j’ai été baptisée et je fais partie de l’Eglise protestante. Pour moi, ce n’est pas tant une question d’être religieuse. C’est plus une question de spiritualité et de croire que la vie a un sens. Je veux croire qu’il y a un sens à mon existence ici. Croire peut aussi donner du réconfort quand on se demande si on est seul ou quand on est face au sentiment de solitude. Je ne sais pas si j’ai répondu à ta question, mais pour moi, c’est important de croire qu’il y a un sens à tout ça.

C’est une question que nous avons déjà posée à Marcus, mais vois-tu de la spiritualité dans la musique et dans l’acte de création ?

C’est tellement dur de trouver les bons mots pour décrire ce qui se passe quand on est concentré et quand on est dans ce moment créatif où quelque chose de magique se produit, car ce sont des impulsions qui, tout d’un coup, se transforment en quelque chose de concret. Tout d’un coup, il y a une mélodie, un bout de texte ou un refrain qui émerge de nulle part. D’où c’est venu ? J’imagine que c’est différent suivant les personnes, mais pour moi, il s’agit d’abord de trouver la paix et de pouvoir rentrer dedans. C’est un contact qui est difficile à décrire ou un état sur lequel il est difficile de mettre des mots qui conviennent. Je ne sais pas comment ça se passe pour les autres, mais personnellement, j’ai besoin d’être en contact avec moi-même et ensuite de bloquer tout le reste, comme internet ou les réseaux sociaux, ou la radio, ou le fait de penser aux factures à payer. Il faut être super concentré sur l’instant présent, sur l’instrument avec lequel on crée, avec le stylo et la feuille de papier, et il faut être en contact avec soi-même. Pour moi, il n’y a pas d’autre moyen, je dois être super concentrée et immergée dans l’instant présent. Mais c’est une bonne question. Je ne sais pas, on pourrait appeler ça une forme de spiritualité, mais c’est plus un état ou une condition pour moi, le fait d’être totalement présent.

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« Quelqu’un qui n’est pas familier avec le doom doit probablement voir ça comme un genre musical qui n’est fait que de pessimisme, de morosité et de sujets très sérieux, mais je dirais qu’au contraire, l’énergie du doom est loin d’être déprimante. Pour moi, c’est puissant, ça nous renforce. »

Depuis votre premier album, avec Avatarium il a toujours été question de traiter toutes sortes de questions existentielles, et tu as dit que c’était ça le doom pour toi. Penses-tu qu’une musique comme le doom peut aider à réfléchir voire à méditer ? Est-ce que ça t’aide, toi-même, de chanter ce que tu chantes dans Avatarium ?

C’est ça la musique pour moi et ça l’a toujours été. Je ne sais pas qui je serais ou ce que la vie serait sans musique. J’écoute toutes sortes de musiques différentes suivant le besoin de la journée [petits rires]. La musique est donc extrêmement importante pour mon bien-être. Je suis sûre que le doom n’est pas pour tout le monde. C’est la grandeur de la musique et des différents genres, c’est émotionnel et ce qui fonctionne pour toi peut ne pas fonctionner pour quelqu’un d’autre. C’est complètement dépendant de qui on est et de ses préférences, de ce à quoi on est ouvert et de ce qu’on aime. Il n’y a donc pas de mode d’emploi. Si vous aimez le doom, je suis sûre qu’Avatarium aura cet effet sur vous, car notre musique possède toutes ces couches intéressantes. Elle vous émouvra avec le plus puissant des riffs de guitare et vous aurez le droit de simplement ressentir et profiter de la musique. Ensuite, vous l’écoutez une nouvelle fois et vous découvrirez que : « Oh, il y a cet arrangement intéressant ici. » C’est intéressant musicalement et, avec un peu de chance, vous trouverez dans les paroles quelque chose que vous trouverez également intéressant. C’est multidimensionnel, mais on peut aussi simplement profiter d’une belle mélodie et du côté cool de la musique. Ça dépend vraiment de comment on est et de ce qu’on aime.

Pour une bonne part, il y a dans le doom cette idée d’accepter la mort et la finitude des choses. Peut-on voir le doom comme une forme de philosophie ?

Je ne sais pas. Je n’ai jamais pensé à ça comme à une philosophie, mais assurément, quand c’est venu à moi comme un exutoire pour écrire de la musique et être dans cette musique, ça m’a donné un espace pour réfléchir – un de plus – sur ces sujets, un espace où il est légitime de faire ça. J’aime beaucoup la possibilité d’être sérieuse, car c’est sérieux et j’aime ça. Plus je vieillis, plus j’apprécie le fait de prendre la vie et la musique au sérieux. Je veux dire que c’est aussi très amusant, c’est de la joie, c’est de l’inspiration, c’est toutes ces choses, mais c’est aussi sérieux. Ce n’est pas prétentieux. Enfin, ça ne me dérange pas d’être prétentieuse, mais j’aime que ce soit sérieux. J’aime pouvoir parler et chanter à propos de sujets sérieux qui ont du sens. Donc dans le cas présent, le doom a été vraiment super pour moi. Mais le doom a aussi cette dimension puissante, où on peut se perdre dans un riff sympa ou ressentir la force, car en dehors des paroles, il y a de longs passages instrumentaux où on peut profiter de la musique et la laisser s’imprégner en soi.

D’ailleurs, comment t’es-tu intéressée au doom au départ ? Est-ce avec Avatarium que tu as découvert ce genre musical ?

Marcus n’était pas encore mon mari à l’époque, mais nous nous étions rencontrés peut-être un an plus tôt et il était en train de travailler sur ce nouveau projet, donc il m’a appelée et m’a demandé si je voulais l’aider à faire du chant pour des démos. Il a dit : « Je travaille avec un gars, il s’appelle Leif Edling, il a écrit quelques chansons et on cherche un chanteur, mais pourrais-tu faire du chant pour nos démos ? » J’ai dit : « Oui, pas de problème. » Je suis allée au studio de Marcus et j’ai enregistré du chant. Leif était là avec lui, nous étions tous ensemble, et nous nous sommes tout de suite dit : « Oh, c’est quelque chose d’unique et de différent. Ça sonne bien. » Ils ont donc choisi de garder le chant. Leif a envoyé ça à différentes maisons de disques et nous avons eu un contrat, et nous sommes toujours en activité. C’est donc à peu près comme ça que je me suis intéressée à ce genre musical. Evidemment, j’avais entendu parler de Candlemass. C’est un gros groupe et ici en Suède, même si on ne s’intéresse pas au metal ou au hard rock, on a forcément entendu parler de Candlemass. Je les avais vus jouer et j’avais été impressionnée par la puissance de Candlemass, c’est un groupe splendide. C’est un super groupe live. Evidemment, je connaissais aussi Black Sabbath que j’avais entendu durant mon adolescence et ainsi de suite. Mais si on définit les choses, je ne sais pas si on peut qualifier Black Sabbath de groupe de doom – ou peut-être de premier groupe de doom. Tu sais, je m’intéresse avant tout au fait de faire de la musique, donc ça n’a jamais été très important pour moi de savoir de quel genre il s’agissait. Je m’en fiche, en fait. Je sais que les gens s’en préoccupent beaucoup et veulent mettre des étiquettes de façon à savoir ce qu’ils écoutent. Je me rends compte que ça aide les gens à s’y retrouver, mais moi je m’en fiche. Une bonne chanson est une bonne chanson, ça n’a pas d’importance.

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« Plus je vieillis, plus j’apprécie le fait de prendre la vie et la musique au sérieux. Je veux dire que c’est aussi très amusant, c’est de la joie, c’est de l’inspiration, c’est toutes ces choses, mais c’est aussi sérieux. Ce n’est pas prétentieux. Enfin, ça ne me dérange pas d’être prétentieuse, mais j’aime que ce soit sérieux. »

Je sais que tu adores le jazz et que c’est en partie de là que tu viens. Ce que tu fais dans Avatarium aujourd’hui peut sembler différent, mais vois-tu des liens avec ton background jazz ?

Je chante comme je chante et j’apporte mon style à Avatarium, et mon phrasé et la façon dont je m’y prends pour faire une note viennent probablement d’une tradition jazz. Je sonne comme ça. Il y a assurément des influences jazz dans ce groupe. Nous avons joué la chanson « Avatarium » sur notre premier album. Elle a été écrite par Leif et si vous écoutez ce couplet, c’est très jazzy. Les gens sont occupés à vouloir ranger les choses dans des boîtes, mais écoutez le couplet d’« Avatarium », c’est très jazzy, c’est très libre. C’est presque du freejazz.

On retrouve sur l’album un morceau intitulé « Stockholm ». Qu’est-ce que cette ville représente pour toi ?

C’est chez moi. C’est là que j’habite et là que j’ai habité les vingt dernières années. En fait, je viens de la côte ouest de la Suède. J’ai été élevée et j’ai grandi sur la côte ouest et ensuite, j’ai déménagé ici il y a vingt ans. Si vous n’êtes jamais allés à Stockholm, vous êtes plus que les bienvenus. C’est une très belle ville, mais je suppose que comme n’importe où, ça peut être complexe. Stockholm est complexe, dans le sens où on est très privilégiés ici, on a un super système de santé et c’est un lieu magnifique, mais malgré tout, il y a un taux élevé de maladies mentales. Les gens parlent de la solitude, ils se sentent seuls, ce qui crée un grand contraste par rapport aux superbes conditions dans lesquelles ils vivent. Ils sont dans un contexte social qui fonctionne bien et pourtant, ils se sentent malheureux et seuls. C’est complexe. Quand la vie est, à bien des égards, bonne pour autant de gens, comment se fait-il qu’autant de gens soient si tristes ? J’ai donc voulu trouver une manière de décrire ça et composer une musique pour aller avec, et c’est ce que nous avons fait.

D’après Marcus, la chanson parle aussi de quelqu’un qui s’est suicidé. Pour revenir à ce dont tu parlais tout à l’heure, penses-tu que la musique peut éviter ce genre d’issue dramatique en soignant l’âme et l’esprit ?

C’est difficile de savoir, mais je sais que la musique peut agir sur la santé. Il y de nombreux rapports faisant état, par exemple, de l’effet sur la santé que peut avoir le fait de chanter dans une chorale, en raison à la fois de l’aspect social de la chose, car les gens se rassemblent, et de l’aspect musical. On chante avec des gens et ça produit une décharge d’adrénaline et d’autres hormones qui fera effet. Mais ta question est compliquée. Est-ce que la musique pourrait sauver une vie ? Eh bien, j’adorerais le penser, mais dans les cas difficiles où les gens ont adopté un état d’esprit où presque tout paraît sans espoir ou ont cette idée que la vie serait meilleure s’ils ne faisaient pas partie de ce monde, je pense qu’il faudra probablement plus que de la musique pour changer ça. Il faudra beaucoup d’efforts, d’amour et de travail pour changer ce type d’état d’esprit, ce qui est absolument possible, mais il faut demander de l’aide si tel est le cas.

Cette musique est aussi cérébrale qu’elle est émotionnelle. Conçois-tu la musique d’Avatarium comme un équilibre entre l’intellect et la passion, l’esprit et le cœur ?

Probablement, mais toute musique est comme ça pour moi, c’est toujours lié. Il faut un équilibre, mais au final, il faut surtout que ce soit émotionnel. Ce serait assez ennuyeux si ça devenait trop intellectuel. C’est de la musique. Il faut que ce soit passionné et pour en faire, il faut que ce soit amusant. Même quand on aborde ces grands sujets difficiles et sérieux, il faut que ce soit plaisant et amusant.

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« Ça n’a jamais été très important pour moi de savoir de quel genre il s’agissait. Je m’en fiche, en fait. Je sais que les gens s’en préoccupent beaucoup et veulent mettre des étiquettes de façon à savoir ce qu’ils écoutent. Je me rends compte que ça aide les gens à s’y retrouver, mais moi je m’en fiche. Une bonne chanson est une bonne chanson. »

Cette dualité, on la retrouve aussi dans la relation entre la lourdeur et la délicatesse qui est la marque de fabrique du groupe. Qu’est-ce que ça symbolise pour toi ? Est-ce ta vision de la vie, qui peut être aussi bien dramatique que belle ?

Oui, bien sûr. Ce que j’aime dans ce que nous faisons avec Avatarium, c’est que tous les types d’émotions sont permis. On passe de formes d’expressions lourdes et parfois agressives à d’autres qui sont très fragiles et accablées de chagrin. C’est ouvert et ça me permet d’utiliser toute l’étendue de ma voix, pas seulement du point de vue technique, mais aussi émotionnel – c’est probablement la raison pour laquelle je me retrouve à autant aimer chanter. Ce groupe ne discrimine aucune émotion. Tout est permis. Donc, je pense que ce serait bien si ça reflétait la vie. La vie, c’est effectivement ça, mais on ne se permet pas toujours de ressentir ou d’exprimer ce qu’on ressent, et la musique est une superbe manière de canaliser ses sentiments. Quand il y a des émotions qu’on ne s’autorise pas à ressentir, on peut utiliser la musique.

Est-ce que le fait de transmettre des émotions est plus important pour toi que d’être divertissant ?

Ce n’est pas obligé d’être l’un ou l’autre, je pense. Je veux dire que de grands artistes de divertissement sont capables de rester concentrés sur leur état intérieur ou leurs émotions tout en jouant et c’est ça dont le public fera l’expérience. Ce sera authentique. Ça aura l’air réel parce que ça l’est, donc il n’y a pas à choisir entre les deux. Pour ma part, il faut que ça paraisse juste et authentique. Si c’est le cas, le public le ressentira et, avec un peu de chance, le résultat sera qu’ils se sentiront divertis, car ils nous entendront et nous verront jouer et faire ce que nous faisons.

Tu es toujours très élégante avec des costumes assez sobres. Evidemment, l’image est très importante dans le metal, mais tu as un look et une façon de t’habiller qui se démarquent de ce qu’on voit chez les autres frontwomen dans le metal. Comment abordes-tu ton image ?

J’aime les vêtements et la façon dont on choisit de se présenter. C’est une autre forme d’art. Au début, je pense que j’étais plus anxieuse, je ne savais pas comment je me percevais et comment je voulais qu’on me voie. Mais c’est exactement comme avec le chant et la musique pour moi : il faut que ce soit authentique, il faut que ce soit juste, il faut que ça me ressemble. Evidemment, je ne ressemble pas à ça quand je suis ici chez moi ou quand je me rends chez l’épicier, mais j’ai mon style que j’ai développé au fil des années. Je suis donc très soucieuse de ce que je me mets, des vêtements que je porte sur scène. Il faut que ce soit juste de haut en bas, jusqu’aux chaussures que je porte. C’est aussi quelque chose qui m’intéresse. Je ne m’intéresse pas tellement à la mode en tant que telle, mais le style est important et j’aime voire un vêtement bien taillé. Et tu es français, donc tu viens du pays de Chanel et de Dior. Tu viens d’un pays plein de Françaises chics. Vous avez une merveilleuse tradition d’expression de soi au travers des vêtements. J’adore la mode française [rires]. Donc je trouve l’esthétique très importante et j’aimerais développer notre présence scénique, y compris avec les décors, les lumières et ainsi de suite.

Le metal n’étant pas ton milieu d’origine, comment te sens-tu parmi les autres frontwomen de la scène ? As-tu parfois eu le sentiment d’être décalée ?

Je n’ai encore pas tourné avec d’autres musiciennes et maintenant, il y a eu une pandémie, donc il n’y a pas eu beaucoup de contact live, malheureusement, mais je pense que c’est extrêmement important de soutenir les autres femmes. C’est ce que je vise, mais en fait, je ne sais pas. Je ne sais pas trop ce qui se passe dans la scène, mais j’espère que ça viendra avec le temps. Nous sommes sur la même maison de disques que le groupe suédois Thundermother. Nous nous sommes rencontrées et ce sont vraiment de chouettes filles. J’adore leur énergie et le courage qu’elles ont de s’imposer comme ça. Donc je les connais et je suis très contente de leur succès.

Interview réalisée par téléphone les 18 et 27 octobre 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

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